Au Sahel : escalade d’une recherche en terrain périlleux à l’extrême-Nord du Cameroun.

In the Sahel: Escalation of a search in a risk area in the Far North of Cameroon.

RESUME / ABSTRACT

Cet article est élaboré à partir de la recherche menée sur le terrain pour la thèse. L’objectif vise à comprendre les relations existant entre les pratiques touristiques et la fabrication des architectures traditionnelles considérées par la littérature comme un patrimoine « oublié » et « menacé ». La méthodologie croise le domaine d’études en architecture et des outils empruntés à deux champs disciplinaires : l’histoire et l’anthropologie. Elle nous a conduits sur un terrain plus ou moins difficile (la région sahélienne au Cameroun). La difficulté réside dans l’inaccessibilité des archivages, des villages à risque, et dans la communication qui se fait au moyen d’une soixantaine de langues locales pratiquées sur le terrain. À cela s’ajoute l’histoire non écrite des architectures traditionnelles. C’est ainsi que nous essayons de montrer les difficultés spécifiques à notre terrain et d’établir un recueil de données avec leurs interprétations.

The objective is to understand the relationship between tourist practices and the production of traditional architecture considered by literature as a "forgotten" and "threatened" heritage. The methodology crosses the field of study in architecture and tools borrowed from two disciplinary fields: history and anthropology. It led us to strive on more or less difficult terrain (the Sahelian region in Cameroon). The difficulty to overcome (cross) lies in the inaccessibility of archives, villages at risk, and communication through the sixty local languages ​​spoken in the field. Added to this is the unwritten history of traditional architecture. This is how we try to show the difficulties specific to our field and to outline the process of data collection through to their interpretation.

TEXTE INTEGRAL

Introduction

Les chercheurs en sciences sociales et humaines ainsi qu’en architecture sont les artisans de leurs travaux [1-3]. Ils conduisent leur recherche grâce à des outils traditionnels tels que les enquêtes, les enregistrements, les recensements documentaires, et les relevés de terrain. Bref, tout chercheur élabore un protocole de travail. Il délimite son terrain et choisit librement à quel moment il récolte ses données. Cette méthodologie positionne le chercheur en tant qu’arbitre, spectateur et compétiteur du jeu qu’il organise. Comment tient-il l'agenda de son terrain ? Quels outils utilise-t-il pour obtenir les résultats afin de les analyser? Telles sont les questions qui conduisent à examiner la posture du chercheur. Dans la plupart des cas, il se positionne comme le maître du jeu, sinon le terrain quasi-impraticable lui crée obstacle et l’empêche de découvrir ou de surpasser (escalader) les difficultés. Au Sahel, le terrain est considéré comme une zone d’insécurité d’après l’Onu et peut être incertain pour récolter les résultats de la recherche [4,5]. Pourtant nos expériences menées à l’Extrême-Nord du Cameroun durant trois années décrivent le contraire. L’obstacle à la recherche se situe plutôt dans la mauvaise posture du chercheur face aux moyens d’information inhabituels que sont l’oralité dispensée par les griots1 (fig.1), les artisans, les guides, les interprètes, ainsi que les sources matérielles et la diversité des langues locales. Bien que ces moyens ne soient pas communs à toute recherche, ils indiquent du moins l’orientation et surtout les finalités de la recherche.

Fig. 1 : Entretien avec un griot traditionnel, 2020 © Gabriel II A-Avava Ndo
Fig. 1 : Entretien avec un griot traditionnel, 2020 © Gabriel II A-Avava Ndo

Le rapport chercheur/terrain, un jeu sous arbitrage du chercheur ?

Le terrain est certainement une sphère géographique qui ne dépend pas de l’observateur [1,6], mais je le considère ici comme un ensemble constitué par les sources d’information, les acteurs, la méthode et même les outils de travail. Lacombe Bernard estime qu’enquêter « c’est faire confiance dans les hommes et les femmes que l’on emploie, jouer un jeu clair avec les sujets… » [6]. Le rapport chercheur/terrain peut conduire à dire que le chercheur travaille « sur », « avec » ou « pour » son terrain [7]. Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour l’Afrique qui est un terrain complexe et singulier même pour les doctorants africanistes [7]. Le chercheur en architecture vit perpétuellement dans le doute même s’il peut s’approprier des méthodes historiques ou anthropologiques pour conduire son projet. Il teste parmi une palette de plusieurs outils ceux qui peuvent conduire à des résultats. De ce fait, il doit s’adapter à son terrain qui est un milieu « difficile » au sens de Boumaza et Campana [8]. Cette position du chercheur nous amène à le (re)qualifier – un joueur de son propre jeu – et à (re)définir le terrain dans une dimension dynamique. Dans ce jeu, le terrain impose au chercheur des circonstances inattendues, lui crée des pièges et des difficultés [1]. Parfois, il le malmène, le pousse à abandonner une piste de réflexion pourtant intéressante. Ainsi, le terrain n’est plus le serviteur du chercheur. Le terrain est un acteur muet qui a une histoire. Les différentes méthodes de travail doivent s’adapter à l’environnement, aux contextes social et politique de la localité ; elles posent évidement des questions éthiques et méthodologiques [5]. Par exemple, avec les autorisations de recherche, nous avons eu recours à l’armée camerounaise pour nous accompagner dans des zones à hauts risques – une recherche hors du commun.

Fig. 2 : Travail de terrain avec l’aide de l’armée camerounaise, 2021© Gabriel II A-Avava Ndo
Fig. 2 : Travail de terrain avec l’aide de l’armée camerounaise, 2021© Gabriel II A-Avava Ndo

Au demeurant, la méthode de la recherche est loin d’être « un processus mécanique au rendement infaillible » [9]. Au départ, la méthode est une formule logique de travail, un dispositif d’expérimentation de terrain, une taxinomie pour classifier les épisodes du passé et un ensemble de pratiques qui décrit un territoire profondément marqué par les mémoires du passé, les pratiques du présent et les regards de la société vers le futur. Bref, une méthode est un art, une spécificité du chercheur, une stratégie singulière du terrain. Pour le sociologue et historien américain Richard Sennett la méthode du chercheur n’est pas loin de celle d’un artisan [3]. Cette définition peut nous séduire car elle présente le chercheur comme le maître du jeu sur son terrain. Pourtant, nos expériences de terrain (au Sahel) montrent son insuffisance et laissent encore des interrogations. Le terrain s’illustre comme « une brebis galeuse » que le chercheur doit dompter, dialoguer avec lui pour remplir les conditions nécessaires et suffisantes du travail. Quelles sont ces conditions qui légitiment le chercheur comme le coryphée et l’ami du terrain ?

Les sources d’information et outils de travail spécifiques au terrain sahélien.

Avant la colonisation, l’oralité était la principale source de communication en Afrique subsaharienne. La production des textes et la culture des archives ne sont pas propres à l’Afrique subsaharienne. L’archivage est né de la culture coloniale depuis l’occupation allemande au Cameroun (1884-1922) puis franco-britannique (1918-1960/1961). Avec l’avènement de l’indépendance du 1er janvier 1960, le Cameroun connaît un problème d’archivage en termes de logistique, qui est lié à la politique gouvernementale. En effet, les archives ne sont plus prioritaires, elles sont délaissées dans un pays qui pourtant, commence à parler de son histoire et à défendre son identité. Cette situation est visible depuis 2018. Elle s’illustre dans le retard de la réhabilitation des locaux abritant les Archives Nationales du Cameroun. Par conséquent, elles sont inaccessibles au public. Il a fallu plusieurs démarchespour que nous ayons accès en janvier 2021 aux Archives Nationales et à celles du Ministère du tourisme et des loisirs. Parvenu à cette phase, nous pensions que le jeu était gagné car nous pouvions exploiter les fonds d’Archives Nationales sans difficultés, mais la vétusté des écrits, la mauvaise organisation des œuvres écrites (rien n’est référencé) nous imposent une organisation de travail peu méthodique. Par exemple, la quasi-totalité des écrits sont poussiéreux, certaines pages des livres sont arrachées, d’autres se trouvent dans des endroits différents, et des disques sont illisibles. Bien qu’il existe des livres intéressants, l’absence, par exemple, de la page de garde ne permet pas d’identifier l’auteur ou la date de parution. À cela s’ajoute la difficulté de coopérer avec les gestionnaires car ils réclament ce qu’on appelle une « motivation »3 malgré la présentation d’autorisations de recherche. Ces difficultés se trouvent également aux Archives des délégations régionales des arts et culture, du tourisme et des loisirs à Maroua ainsi qu’aux mêmes ministères à Yaoundé.

Nous avons relevé des contradictions dans des dates et des lieux qui sont obsolètes ou inexistants. Les guides-touristiques et les interprètes ne se soucient pas des dates et des lieux car ils ne pèsent pas l’ampleur scientifique de leur parole mais sont incontournables4 [10]. Nous avons relevé des contradictions dans les récits des dates (anachronisme) et des lieux qui sont obsolètes ou inexistants.  Par exemple, l’histoire racontée à propos du palais Oudjila (fig. 3) est différente selon les sources et les informateurs. À la question : quand fut édifié le palais ? Le guide touristique, fils du chef, répond qu’il est du XVe siècle, tandis que le nouveau chef parle du XVIe siècle. Il a fallu les propos du géographe français Christian Seignobos et des écrits de l’historien camerounais Chétima Melchisedek pour savoir qu’il a moins de deux cent ans5 et que l’ancien palais n’était pas situé au même endroit que le nouveau [11]. Ainsi, nous sommes obligés de considérer les informations avec prudence avant de les analyser. C’est pourquoi, si l’histoire invente ce qui n’existe pas, elle devient dangereuse en soi, même pour la recherche [2]. Cependant il faut relever le rôle important des fouilles archéologiques dans la reconstitution des événements du passé.

Fig.3 : Palais du chef traditionnel d’Oudjila, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo
Fig.3 : Palais du chef traditionnel d’Oudjila, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo

Les diversités des langues traditionnelles.

Les moyens de communication verbale à l’Extrême-Nord du Cameroun sont les langues locales. Leur diversité (plus de 70 dialectes parlés) rend complexe le travail de terrain.

En plus de cette diversité, des brassages linguistiques se sont formés durant la mise en place du territoire sahélien. En effet, les groupes paléo-soudanais et néo-soudanais se sont rencontrés et ont créé des liaisons dès le VIe siècle. Entre temps ces langues locales ont parallèlement évolué d’une localité à l’autre. De la sorte, on peut observer des différences entre une même langue parlée dans deux localités différentes. Bien que nous pratiquions la langue peule, la plus évoluée et la plus parlée dans les villages sahéliens, il m’arrive lors des entretiens de faire face à des différences de prononciation, de désignation d’un objet, et de description d’une architecture. La langue peule joue « le rôle de langue véhiculaire » pour le chercheur [12]. Dans plusieurs villages où nous avons mené des enquêtes de terrain, nous avons été confrontés plusieurs fois à des difficultés de compréhension pour construire un discours et mobiliser certaines idées.

Dans les villages où nous ne connaissions pas la langue locale, nous avons eu recours aux interprètes.

Fig. 4 : Dans les monts Rhumsiki, accompagné d’un guide-touristique et d’un guide-interprète, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo
Fig. 4 : Dans les monts Rhumsiki, accompagné d’un guide-touristique et d’un guide-interprète, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo

Nous travaillions principalement avec une vingtaine d’entre eux.  Ils étaient des médiateurs entre la langue locale et le français que nous pratiquons. Dans trois villages à Mourla, à Oudjila, à Rhumsiki, trois guides-interprètes connaissant respectivement les langues Mousgoum, Podokwo, et Kapsiki ont contribué à la récolte des données de terrain. Cependant, l’interprétation des langues reste difficile pour la recherche. Le passage en revue des enregistrements vidéos et sonores avec la collaboration des autres guides- interprètes et les étudiants nous ont permis de déceler des incohérences.  Les guides-interprètes ne traduisaient pas forcement ce que disaient les informateurs (les enquêtés) [6,10,11]. Ils ajoutaient des colorations aux discours ou omettaient certains propos. L’analyse de certaines vidéos a montré qu’ils posaient une autre question aux informateurs et laissaient de côté nos propres interrogations. Heureusement, nous avons décelé cette situation à la troisième phase de nos recherches de terrain. Nous avons alors modifié nos protocoles de recherche. Nous avons refait les enquêtes ou surmonter (escalader) les difficultés car le jeu ne finit jamais. Nous avons dû repartir sur le terrain, recadrer les questions, revenir sur les entretiens et revérifier ou préciser des informations. Nous avons pu remarquer que la direction que donnent les guides- interprètes à la recherche ne doit pas constituer un obstacle pour le chercheur mais une opportunité. Cette opportunité présente alors deux avantages. La perception du territoire par le guide-interprète en tant qu’habitant – acteur de terrain – et sa vision en tant que collaborateur ou substitut du chercheur. En effet, il oriente les réponses mais il se mesure aussi aux chercheurs en posant des questions que le chercheur n’a pas posées. Par exemple, notre guide touristique nommé Tizé demande au vieux cuisinier du campement Rhumsiki : que mangent les touristes ? Au lieu de dire : que cuisine-t-il pour les touristes ? Ici, le vieux décrit d’abord ce qu’il prépare aux touristes et ce que d’autres restaurants proposent comme plats aux touristes. Tandis que le guide à Oudjila répond lui-même à certaines questions posées aux enquêtés au lieu de les laisser parler. C’est au chercheur de recadrer ce type d’entretiens.

L’enquête architecturale au moyen des musiques traditionnelles, des fêtes, des fantasias et des relevés.

Les enquêtes traditionnelles (directes ou semi-directes) se passent comme des dialogues entre le chercheur et les informateurs qu’il rencontre. Ils échangent autour d’une thématique. Dans la région septentrionale du Cameroun, cette méthode peut s’appliquer mais ne convient pas à tout type de terrain sahélien. Lors des danses, des fêtes, le marché (fig. 5) et des fantasias, ou durant l’exécution des musiques par les griots du village, le chercheur peut passer ses entretiens.

Fig. 5 : Les femmes peuls au marché de Dogba, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo
Fig. 5 : Les femmes peuls au marché de Dogba, 2020© Gabriel II A-Avava Ndo

Cette forme de travail est un dialogue entre l’artiste ou l’artisan, elle constitue une autre facette d’enquête architecturale. Elle ne relève pas d’une règle classique, elle varie en fonction des localités et des ethnies. Nos rencontres avec certains griots nous ont contraints d’utiliser ces nouvelles règles. Durant cet événement, le griot ne chante pas ce qu’il veut dire. Il donne des réponses à des questions que je lui pose tout en jouant de sa guitare traditionnelle. Les réponses sont poétiques et ont un rythme bien défini. S’il ne chante pas, il ne peut pas répondre car il se considère comme artiste ou artisan et non comme un vulgaire informateur. Ainsi, le griot peut décrire l’histoire du territoire par plusieurs couplets de chanson. Ce type d’entretiens est riche en récits par rapport aux réponses apportées par des acteurs lors d’une enquête « classique ».

L’autre type d’enquête se déroule face à plusieurs griots accompagnés de leurs danseurs. Au début, il faut leur acheter du vin ou les « motiver » et leur proposer une thématique de recherche à chanter. Par exemple : « chantez l’éloge de vos constructions et montrez l’intérêt de leur visite par des touristes européens ». Ici, ils ne tiennent pas compte du chercheur. À tour de rôle, chaque chanteur entonne une histoire relative aux touristes et à une construction selon les époques et les lieux. Le chanteur peut comparer parfois dans ses paroles des pratiques touristiques d’autres villages et en tirer des conclusions. Un extrait du couplet traduit par le guide-interprète Zra entonné est le suivant :

« Au temps du tourisme dans la vallée

Se promenaient les touristes du monde entier

Noir, Blanc, tous sont vénus

Randonnant, et photographiant

Le mont Vizi de nos ancêtres

Les villages de nos ancêtres

Le sorcier au crabe de nos ancêtres

Les jolies habitations traditionnelles

Que c’était beau !

Le temps fort du tourisme »

Aujourd’hui, c’est ce qu’on appelle la motivation (un présent, cadeau, argent…) qui motive un groupe d’acteurs à livrer des informations. Cette pratique est arrivée jusqu’aux acteurs non artistes car ils réclament parfois cette fameuse motivation avant d’accorder leur temps pour les entretiens. Ils ne cernent pas la différence entre les chercheurs et les touristes.  Pour eux, il est important qu’ils soient motivés ou récompensés matériellement car ils se considèrent comme des guides-touristiques ou des artistes traditionnels. 

Les jours de fêtes traditionnelles, au marché de bilbil6, des fantasias et rites locaux sont importants pour effectuer des enquêtes de terrain car ce sont des lieux d’accueil pour les différentes catégories d’informateurs. Le chercheur ne choisit pas les jours ou les lieux de ces manifestations. L’oralité abonde et provient de plusieurs villages environnants ; elle est constituée parfois de « mythes ». Les « mythes » définissent la tradition orale. Ces récits codés fonctionnent comme des cartes de « nationalité » [13]. Les villageois parlent de tout (leur force, politique, économie, culture, etc.). C’est au chercheur de faire le filtre d’informations en fonction de son objet d’étude. Car chaque ethnie a ses particularités et chaque outil de la recherche les questionne en tenant compte de ces différences au risque de passer à côté de faits scientifiques importants.

Plus d’une vingtaine de relevés architecturaux sur le terrain ont été également effectués. Ceux-ci dans le but de conformer les informations reçues, de vérifier aussi certains récits plus ou moins mythologiques en relation avec les pratiques touristiques et l’organisation des espaces bâtis. L’exemple du relevé de terrain illustre la position stratégique du marché et des cases traditionnelles Kapsiki (fig.6). Cette technique basée sur les relevés a permis de comprendre que le marché est un lieu de référence pour rencontrer toutes catégories de personnes, même les touristes.

Fig. 6 : Relevés de terrain effectués sur quatre habitations à côté d’un marché du village, 2021© Gabriel II A-Avava Ndo
Fig. 6 : Relevés de terrain effectués sur quatre habitations à côté d’un marché du village, 2021© Gabriel II A-Avava Ndo

Conclusion

Somme toute, « faire du terrain », c’est « jouer » avec son terrain. Pour que la recherche soit plus riche en quantité et qualité des données ou des informations, le jeu doit être un dialogue intime entre le chercheur et le terrain. À la différence des jeux au sens premier du terme où il y a un vainqueur et un vaincu, la recherche de terrain est plutôt un jeu collaboratif et constructif entre tous les acteurs – les informateurs, le chercheur lui-même, et l’environnement du travail. Il n’y a ni vainqueur ni vaincu, il y a seulement une recherche difficile. Pour ce faire, le chercheur doit escalader les difficultés avec prudence, bien qu’il soit à la fois le maître du jeu et le joueur de son propre travail. Dès l’entrée de jeu, il y a le plus souvent déséquilibre entre lui – le meneur – et les sujets [6]. Il établit les protocoles de recherche dans un calendrier qui couvre l’enquête de terrain pour avoir des résultats inattendus. Tout chercheur qui n’arrive pas à des résultats (peu importe leur quantité et qualité) a certainement échoué face aux difficultés qu’il n’a pas su surmonter ou qui ne dépendaient pas de sa propre volonté. On dira que le terrain lui a créé un obstacle car il n’a pas pu construire avec ses sujets un récit historique.

Remerciements

La recherche ayant conduit à cette étude a été rendue possible grâce au soutien respectif du Ministère de la Culture de France (2019), de la Fondation Martine Aublet (2020) et de la Région Bretagne – opéré par L'École des Docteurs Bretagne Loire (2021).

Notes

  1. Les griots sont des musiciens traditionnels qui maîtrisent la langue locale et possèdent une bonne connaissance de l’histoire du village.
  2. Nous avons eu trois lettres d’autorisations/recommandation de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Bretagne (ENSAB) adressées respectivement au Ministre de Arts de la Culture (MINAC), aux gestionnaires des Archives Nationales du Cameroun et au Directeur des Entreprises Touristique (DET) à Yaoundé.
  3. La motivation se rapproche du conditionnement en psychologie. Ici, c’est le fait de payer une personne avant qu’elle ne te rende un service même s’il l’on a une autorisation au préalable. Je « motivais » les guides-interprètes ce qui est moins grave, mais le faire aux fonctionnaires est contre la Loi camerounaise. Pour ne pas perdre en temps de recherche, on s’oblige parfois à payer le déplacement par exemple. 
  4. Le géographe anthropologue français Christian Seignobos, spécialiste du Sahel fait l’éloge de son interprète Rhekang Sakon dit Njidda qui est incontournable pour  ses enquêtes. Il montre son importance pour les transcriptions et lui réserve une sous partie de texte dans cet ouvrage.
  5. Chétima Melchisedek constate un décalage de discours entre textes des guides touristiques et écrits des chercheurs. Il conclut que l’édification du nouveau palais d’Oudjila date de 100 à 150 ans.
  6. Bilbil est un terme local du Septentrion pour désigner le vin traditionnel fabriqué à base de mil ou de maïs.

Références bibliographiques

[1] Mondher K. L'anthropologie de terrain et le terrain de l'anthropologie. Observation, description et textualisation en anthropologie. In : Réseaux : Questions de méthode ; 1987, 5/27 : pp. 39-78.

[2] Samaran C. L'Histoire et ses méthodes. Encyclopédie de la Pléiade. Paris: Gallimard; 1961: pp. 1465-1539.

[3] Sennett R. Ce que sait la main. La culture de l’artisanat, [trad. de Pierre-Emmanuel Dauzat]. Paris: Albin Michel ; 2010.

[4] Onu. Au Sahel, la situation demeure extrêmement difficile et tragique (Guterres), Paix et sécurité ; 16 décembre 2019 (https://news.un.org/fr/story/2019/12/1058431).

[5] Palé A, Némoiby Bassole AC, Sawadogo A. 2020, L'épreuve du terrain: Expériences, postures et théories. Paris: l’Harmattan; 2020.

[6] Lacombe B. Pratique du terrain : méthodologie et techniques d'enquête. Tome 1 et tome 2. [Thèse de doctorat de Université de Paris 1 en Démographie], Paris ; 1999.

[7] Steck J-F. Être sur le terrain, faire du terrain. Hypothèses ; 2012, 15/1: pp. 75-84.

[8] Boumaza M. et Campana A. Enquêter en milieu « difficile » : Introduction, Revue française de science politique, 2007, 57 : pp. 5-25.

[9] Marrou H-I. L’objet de la recherche historique, In: Samaran C. L'Histoire et ses méthodes. Encyclopédie de la Pléiade. Paris: Gallimard; 1961: pp. 1465-1539.

[10] Seignobos C. Des mondes oubliés : Carnet d’Afrique, Marseille : Parenthèses ; 2017: pp. 262-265.

[11] Melchisedek C. Par ici l’authenticité ! Tourisme et mise en scène du patrimoine culturel dans les monts Mandara du Cameroun, Téoros 2011, 30/1 : pp. 44-54.

[12] Seignobos C. Nord Cameroun : Montagnes et hautes terres, Marseille : Parenthèses ; 1982.

[13] Seignobos C, Jamin F. (dir.). Cases obus histoire et reconstitution, Marseille: Parenthèses; 2004 : p. 25.

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